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Déconstruire les préjugés sur le handicap pour un meilleur accompagnement vers et dans l’emploi 

Le 13 février 2020

Le 27 janvier, nous proposions un webinaire sur le « Handicap visuel et auditif » dans le cadre du plan de professionnalisation de l’Agefiph. Rencontre avec Emeline Simondet, consultante qui animait le webinaire aux côtés de Jérôme Oddon, fondateur d’Adeo Conseil.

Jérôme Oddon et Emeline Simondet – (c) Adeo Conseil

Emeline, qu’est-ce qui t’a plu dans cette thématique et t’a amenée à travailler dessus ?

Ce qui m’a particulièrement plu dans ce webinaire, c’est de déconstruire les idées reçues sur ces deux types de handicap et de faire découvrir tout le potentiel des personnes concernées. Paradoxalement, le handicap visuel et le handicap auditif sont assez connus mais ils souffrent de préjugés. Par exemple, l’idée que les sourds sont aussi muets s’est enracinée dans la culture populaire, on parle de « sourd-muet » : pourtant une personne sourde est parfaitement en capacité d’émettre des sons et de parler avec un accompagnement orthophonique. Un déficient visuel ? On va tout de suite l’imaginer avec une canne blanche, des lunettes de soleil et un chien-guide. Or, seules 15% des personnes déficientes visuelles ont une cécité sévère alors que plus de la moitié ont une déficience moyenne. Ce que cela révèle, c’est que l’on a tendance à exagérer, à alourdir ces types de handicap.

Le webinaire s’adressait aux « acteurs de l’emploi ». Pourquoi penses-tu qu’il est nécessaire de les sensibiliser au handicap visuel et cognitif ?

Les « acteurs de l’emploi » recouvrent une large diversité de structures : nous avons des spécialistes du handicap, comme les Cap emploi ou les entreprises adaptées, mais aussi des acteurs qui n’ont pas forcément vocation à accompagner des personnes en situation de handicap quotidiennement, comme Pôle emploi, les Missions Locales ou encore les entreprises d’insertion. Qu’ils soient sensibilisés ou non, leurs enjeux sont les mêmes : répondre au mieux aux besoins d’accompagnement de leurs publics, y compris ceux ayant un handicap. Pour cela, il est essentiel de rappeler que chaque handicap est vécu différemment par chaque individu, même lorsque la pathologie est la même. Un déficient visuel n’aura pas les mêmes problématiques qu’un autre déficient visuel, l’accompagnement sera donc forcément différent. Il n’y a pas de solution toute faite, si on veut un accompagnement de qualité, le sur-mesure est de mise. Il est alors essentiel de s’informer et de rester en veille continuellement pour être en mesure d’offrir un véritable accompagnement individuel.

Finalement Adeo invite à travailler sur la posture d’accompagnement…

Oui, tout-à-fait. Nous avons bien conscience que deux heures de webinaire ne suffiront pas à devenir expert de ces deux types de handicap. Par contre, les participants peuvent en ressortir avec de nombreuses bonnes pratiques en matière de posture. S’ils ne retiennent que ça, on aura réussi notre pari. Parce que cela veut dire qu’ensuite ils seront dans les meilleures dispositions pour être à l’écoute des réels besoins de la personne à accompagner, le reste suivra.  

Pourquoi avoir fait appel à des intervenants extérieurs pour le webinaire ? Qu’apportent-ils ?

Les deux intervenants extérieurs qui ont participé au webinaire étaient chacun Prestataire d’Appuis Spécifiques. A ce titre, ils proposent de nombreux services gratuits allant du diagnostic, à l’accompagnement dans l’emploi, jusqu’à la mise en œuvre de compensations. Elles sont prescrites par Cap emploi, Pole emploi ou par les Missions Locales.

Ce qui était intéressant avec ces experts, c’était de donner un premier aperçu de la compensation. Je disais tout-à-l’heure que l’on exagère souvent les handicaps. Mais ce qui est pire, c’est que l’on tend également à penser que même s’il reste léger, le handicap est difficilement surmontable en milieu professionnel. « Comment va-t-il faire avec ce dossier ? », « C’est trop compliqué, il ne s’adaptera pas à mon entreprise »… la plupart des personnes n’imaginent pas tout ce qui existe en matière de compensation. Allez dans un showroom spécialisé et vous serez tout de suite impressionnés par toutes les solutions techniques qui existent pour parer aux limitations des personnes qui souffrent de ces deux types de handicap ! Et au-delà de la technique, il existe également des compensations humaines, comme les interprètes pour les personnes déficientes auditives. Grâce à la compensation, beaucoup de choses sont possibles et de très belles expériences peuvent naître.

Qu’as-tu appris des réactions des participants et de la conduite de ce webinaire ?

Justement, la partie dédiée à la compensation a particulièrement retenu l’attention des participants ! Ils ont beaucoup questionné les experts sur les aides techniques et humaines possibles. Cela montre bien qu’il y a un réel besoin d’accompagnement au cas par cas. Chaque personne fait émerger une problématique spécifique à la fois à son handicap et à la fois à la structure dans laquelle elle s’inscrit. Ce sont des situations complexes qui demandent aux acteurs de l’emploi de faire du sur-mesure et de mobiliser des expertises dans plusieurs domaines. Pour fournir le meilleur accompagnement possible et le plus proche des besoins de la personne, il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur le réseau existant. Car c’est un écosystème riche qui propose, en plus, beaucoup de dispositifs gratuits.